Le 11.11.09 vers 11H30
Presque quatre semaines que j’ai laissé derrière moi les îles du Salut (Devil’s Islands encore aujourd’hui en anglais). J'ai besoin de ce message puis d'un autre pour parler succinctement de l’île Royale, la mieux entretenue des trois, la plus grande (28ha), la plus haute au dessus de l'océan (66m).
Lorsque j’ai dégringolé cet escalier de pierre construit par les forçats, j'ai tourné les yeux vers le point culminant de l’île. Se retournant sur un chemin parcouru, le regard est différent, toujours. Il est éclairé de ce qu'il a déjà vu, qu'il cherche alors et qui s'inscrit dans le paysage.
Si je n’aime guère anticiper, j’aime avancer ainsi à reculons.
Lors, mes yeux étaient sur ce toit et cette avancée de tôle...
La case du sémaphore...
La fonction de guetteur était assumée par un bagnard équipé d’une longue vue. Guillaume Seznec (il est resté en Guyane 20 ans dont 19 aux îles du Salut) y a habité et en a assuré le fonctionnement.
Le sémaphore à disques a disparu. J’ai vu sur une photo d’époque qu'il flanquait la case sur cet épais mur en épi. Il était relié par des signaux lumineux à la tour qui se dresse à la pointe des Roches à Kourou et porte actuellement le nom de Tour Dreyfus.
L’île Royale est bien entretenue je vous expliquerai et illustrerai pourquoi. Ainsi en est-il de cette case, avec son toit de tôle et sa charpente, ses menuiseries de bois.
En Guyane les toitures sont très majoritairement en tôle ou en palme et ont une très faible durée de vie, la faute à l'humidité. Les charpentes sont très vite réduites à néant par les redoutables termites.
Les murs des cases de l’île St Joseph tiennent encore assez vaillamment debout, mais voilà pourquoi il n’y a plus de toit.
[Quoique... Sur les geôles, des toits il n’y en avait pas : juste des grilles pour autoriser la surveillance des rondes de surveillants]
dimanche 6 décembre 2009
Ile Royale (Guyane) : la case du semaphore *** the Signal Station Cabin
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vendredi 4 décembre 2009
Ile St Joseph (Guyane) : la pluie et le vent *** rain and wind
LE 11.11.09 à 14H40
Les palmes bruissèrent. La pluie, lourde, drue, se mit à tomber. Je glissai l’appareil de photo dans une pochette en plastique. Le temps de rejoindre la plage, j’étais trempée comme une soupe. J'abritai le sac à dos sous un tronc de cocotier.
Je m’assis dans les vagues. La mer était chaude, plus chaude que la pluie et le vent.
L'horizon s'est dégagé. Nous avons quitté l’île. Le bateau monta en puissance et l'alizé m’enveloppa de son souffle tiède...
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mercredi 2 décembre 2009
Ile St Joseph (Guyane) : la reclusion *** imprisonment
Le 11.11.09 à 14H30
[A gauche, un wacapou (Vouacapoua americana), il me semble...]
Albert Londres, journaliste et écrivain français (1884-1932), s’est rendu en Guyane en 1923. Les conditions réelles du bagne sont alors ignorées de tous. Et même des autorités. Et même des condamnés eux même qui souvent étaient volontaires au départ.
Personne ne savait...
Le "doublage" était une terrible clause édictée par la loi de 1854 sur la transportation. Il obligeait les bagnards à rester un temps équivalent à celui de leur peine, pour les inciter à peupler la Guyane. Il fallait alors subsister. Il était difficile de trouver du travail rétribué, et la tentation était forte de tomber dans la délinquance. Le voyage de retour de plus était à leurs frais. Ce temps après la libération était plus dur que celui de la condamnation qui, de fait, était alors à perpétuité.
Les condamnés pour une faute dérisoire (attentat à la pudeur, vol de nourriture) côtoyaient les criminels endurcis.
Suite aux dénonciations d’Albert Londres, la France fut mise au ban des Nations. Le dernier convoi de bagnards partit et arriva en 1938. Le dernier bagnard quitta le pénitencier de Saint Laurent du Maroni en 1953.
Sur l’île St Joseph, il y avait un asile de fou. On était déjà fou ou on le devenait à ne pas avoir de perspective d’avenir.
Il y avait de terribles geôles pour les "récalcitrants" où dans le noir on était à l’isolement.
Les arbres que plus personne n'enlève ont pris possession de l’île St Joseph malgré la faible couche de terre. Il semblerait que, comme les épiphytes, ils se nourrissent de la chaleur, de l'humidité, de l'air.
Et aussi du souvenir de la peine des hommes ?
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Cergie
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