Le 15.11.09 à 8H05
Nuit hachée, partagée avec proches et inconnus. Tapage sourd et lancinant des singes hurleurs. Aboiements sporadiques et rassurants des chiens. Positions inconfortables. Plis du drap. Besoin réfréné longtemps de devoir quitter un peu l’asile du toit de palme et l’alignement des dormeurs...
Le soleil entre à flot dans le carbet. S’appesantir dans la matrice du hamac brésilien. Le sommeil vient souvent au petit matin...
Le 15.11.09 à 7H55
Il fallait arriver assez tôt à l’auberge des chutes Voltaire pour, après les civilités d’usage, préparer le couchage avant la tombée du jour. Nos cousins nous ont fourni le nécessaire (hamac, moustiquaire -pas très utile ici- et drap) et montré comment nous installer dans le grand carbet pour dix-huit où nous avons logé à dix : nous six et un groupe de quatre personnes. Ensuite quartier libre avant le dîner, baignade à la toute petite plage de sable de la crique Voltaire qui longe le bas du terrain et le sépare de la forêt.
L’eau nécessaire à l’auberge est pompée dans la crique et amenée par une pompe dans un petit réservoir qui alimente notamment les douches à l’eau froide comme celles que je prenais en Côte d’Ivoire. L’électricité provient de panneaux solaires. L’auberge des chutes Voltaire est dotée d’un téléphone satellite ce qui la rend utile et précieuse à tous ceux qui vivent, travaillent ou rôdent aux alentours. Elle est reliée à internet (site de l'auberge).
Le restaurant ressemble à celui de Cacao dont j’ai déjà parlé : un abri à la pluie ouvert à tous vents. Nous avons eu en entrée des crudités dont je ne me souviens plus et un pâté de foie de tatou et d’une autre bête de la forêt. Ensuite un couscous de cabri qui ressemblait un peu à un ragoût de sanglier. La semoule était délicieuse. Quant à la viande, je ne sais pas, car je n'en suis pas amatrice. Tout le monde a eu l’air de se régaler. Je ne me souviens plus non plus du dessert.
Finalement, de ce dîner je ne garde un souvenir impérissable que de ce que je n’ai pas goûté...
CERGIPONTIN
mardi 9 février 2010
L'auberge des chutes Voltaire (Guyane) : le carbet
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dimanche 7 février 2010
Saint-Laurent-du-Maroni (Guyane) : la piste Paul Isnard
Le 14.11.09 à 16H00
Nous étions attendus pour dîner et passer la nuit à l'auberge du camp Voltaire. Le camp et son unique et proche voisin, un site d'orpaillage légal, sont au bout de la piste Paul Isnard (< la compagnie minière de Paul Isnard, la CMPI. Le projet de prolonger la route jusqu’à la ville d’Apatou a été abandonné).
Les derniers kilomètres, sous une pluie diluvienne en prenant sur la droite vers l’auberge une piste quasi impraticable tant elle est ravinée, seront TRES difficiles. Un véhicule tout terrain aura été absolument indispensable. 2H n’auront pas été de trop pour parcourir les 70 Kms depuis la ville de St-Laurent-du-Maroni.
J’ai pris cette photo en profitant d’un changement de chauffeur. La route en latérite, à cet endroit précis, a été fraîchement refaite. Le temps semble être arrêté comme notre véhicule.
Tout est calme et serein...
Plus tard, nous roulerons sous la pluie torrentielle. Lorsque nous arriverons au camp, elle aura cessé.
Nous découvrirons de retour à Kourou dans le journal France-Guyane que le vendredi, la veille de notre passage aller, une rixe opposant légaux et clandestins aura fait un mort parmi les ouvriers du chantier...
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vendredi 5 février 2010
Camp de la transportation (Saint-Laurent-du-Maroni) : la sortie
Le 14.11.09 à 12H15
Ces personnes vont passer le portail en sens inverse et quitter le camp de la transportation. Le bâtiment à leur droite (entrée gauche) a été rénové et aménagé en bibliothèque municipale. Celui à leur gauche menace ruine. Défense d'y pénétrer...
Pour accéder aux cases de la photo 4, on va tout droit en entrant dans le camp. Certaines d'entre elles ont été reconverties en locaux associatifs. C’est dans l'une de celles restées en l'état que j’ai trouvé le "corps blanc" de Jérôme Mesnager.
La photo 1 montre le quartier des libérés qui donne sur la chapelle que l’on aperçoit également à droite de la photo du portail.
Avec les photos 1 et 2, on peut imaginer les hommes lors de leurs moments libres, lavant leur effets ou nettoyant les cours de tout élément végétal > éviter les insectes et les maladies. Les manguiers ont poussés depuis la fermeture du bagne.
Dans la troisième zone dont j'ai parlé au message précédent, il y a douze cellules pour les condamnés à mort en attente de la confirmation de leur condamnation venant de la métropole. Le lendemain de l'arrivée du bateau, l'éxécution se déroulait suivant un rituel immuable. Dans le greffe (photo 3) était servi un dernier repas au condamné qui devait ensuite signer le registre de levée d’écrou avant d’être exécuté...
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mercredi 3 février 2010
Camp de la transportation (Saint-Laurent-du-Maroni) : un guide
Le 14.11.09 à 11H00
Nous allons entrer mais nous ne serons pas seuls.
Cette partie du camp de la transportation se visite en groupe sous la houlette d'un guide.
Je lui ai demandé, question idiote sans doute, si d'anciens bagnards étaient restés en Guyane et y avaient fondé une famille. Il m'a répondu avoir été lui-même en classe avec des descendants d'anciens bagnards...
Les nouveaux contingents de bagnards débarquaient tous à Saint-Laurent-du-Maroni et étaient répartis ensuite entre les différents camps de Guyane. Ceux que l’on soupçonnait d’être tentés de s’évader étaient envoyés aux îles du Salut. Très peu de condamnés restaient à Saint-Laurent. Certains pouvaient y travailler dans l’administration, comme domestiques, comme infirmiers et avoir des conditions de vie relativement agréables, être assez libres de leurs mouvement dans le camp ou même en sortir.
A l'arrivée, on enregistrait tout le monde en notant les savoir-faire de chacun. On les passait à la baignoire (photo 1) pour enlever les parasites, on prenait des mesures pour tenter d'établir s’il existait un profil morphologique de la criminalité.
Tout le monde n'était pas logé à la même enseigne :
- A gauche de l’entrée, une première zone, le quartier des libérés avec deux cours symétriques séparées par un haut mur et bordées de cellules individuelles (photo 2 ; la religion était censée amender les âmes > la chapelle avec une porte "RELEGUES"). Les libérés devaient rester en Guyane le temps équivalent à celui de leur peine. Ils subissaient donc une double peine. Ils devaient financer leur billet de retour. Ils avaient du mal à trouver un travail rémunéré car les condamnés occupaient les emplois à bon compte. La nécessité de se loger et se nourrir qu’ils n’avaient pas lorsqu’ils accomplissaient leur peine, les poussait alors à la délinquance et à la récidive. C’était un terrible cercle vicieux.
- A droite de l’entrée, une deuxième zone avec une salle de dortoir commun (le long du mur duquel passe ce jardinier : photo 4) où les hommes passaient leur journée dans la promiscuité, attachés à cette barre de force (photo 3). Il y avait des cellules individuelles dont celle-ci, qui a été rénovée, pour un prisonnier condamné à la peine de la double boucle.
- Au-delà de la grille (photo 6) est une troisième zone...
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lundi 1 février 2010
Saint-Laurent-du-Maroni : "l'echappee belle" de Jerome Mesnager
Le 16.11.09 à 8H35
Rive gauche du fleuve Maroni (en face) : le Surinam
Palmier bâche
Historique de Saint-Laurent-du-Maroni, sous-préfecture de la Guyane
Statue de Bertrand Piéchaud : la peine du bagnard.
Découvrir "Papillon" griffé dans le sol d’une cellule du camp de la transportation ne m'a pas surprise.
Par contre, rencontrer les "libres corps blancs" de Jérôme Mesnager [miens "pays" de Belleville ou Montmartre ; l'un tentant d'échapper au fleuve qui peu à peu le ronge, l'autre blotti dans un recoin du camp vers lequel je m’étais égarée seule], m’a stupéfiée...
Le 14.11.09 à 12H30
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